VERKOR: un modèle de l’effet de levier des financements publics pour l’industrie
Ouverte en décembre 2025, la gigafactory de batteries Verkor à Dunkerke à dû surmonter de nombreux défis représentatifs de l’industrie européenne : cadre règlementaire, compétition internationale et accès aux grands financements de banques complexes… L’entreprise a su créer une architecture de financement complexe en utilisant les fonds publics comme levier pour réaliser ce projet. C’est ce que raconte les dirigeants de Verkor et de Meridiam dans un article de la Revue industrielle des mines
1. Verkor, illustration des défis industriels européens
Face à l’électrification des usages et à l’urgence climatique, l’Europe cherche à reconstruire une base industrielle capable de répondre à la demande massive de technologies bas carbone. Parmi elles, les batteries occupent une place stratégique : indispensables aux véhicules électriques, à la gestion de l’intermittence et à la souveraineté énergétique.
Cette industrie clé illustre cependant de nombreux défis contribuant à une désindustrialisation subie :
- Une intensité capitalistique CAPEX conséquente : la construction d’une gigafactory requiert plusieurs milliards d’euros de capex.
- Des délais longs dans un environnement réglementaire instable, entre réglementation (NZIA, PPE, Green Deal) et chaque retard renchérit le coût final.
- Une compétition internationale féroce, alimentée par des dispositifs puissants comme l’Inflation Reduction Act américain ou les dispositifs de subventions massives ou de sécurisation des matières premières en chine pour l’industrie automobile.
Assembler en Europe une usine de batteries de 2 milliards d’euros créant 1 200 emplois directs constitue un véritable défi macro‑économique, industriel et politique. C’est pourtant ce que Verkor, pionnier français des batteries bas-carbone, est parvenu à faire en ouvrant en 2025 sa gigafactory à Dunkerque
2. Une architecture de financement inédite qui a rendu le projet possible
L’histoire de Verkor se déploie en trois grandes phases, chacune reposant sur un type de financement différent, mais articulées avec soin pour construire une trajectoire robuste, et répartir le risque de sorte à ce que les financeurs y trouvent leur compte.
- Démonstrateur et construction de l’écosystème – réduire le risque et prouver la bancabilité. Verkor fait alors appel à des banques publiques et des partenaires industriels pour 300m€. Ceux-ci permettent d’alimenter le Business Plan de l’entreprise avec des donnée chiffrées et démontrer la rentabilité potentielle.
- Les phases A et B de financement pour Verkor capitalisent sur l’écosystème Européen de financement (EIT InnoEnergy), mais également sur des partenaires industriels dont Renault (qui ancre la nature du projet) et des fonds VC
- Une sollicitation de capitaux privé (800m€ ) et de subventions publiques (650m€) qui transforme la start up en acteur national
- Une conclusion de financement par un prêt bancaire de 1/3 Md€ auprès de 19 institutions (dont des financeurs institutionnels : CDC, BPI, BEI). Ce prêt étant lui-même garanti par l’état.
Au delà de la temporalité, le financement de Verkor repose sur leur capacité à se positionner comme un projet d’infrastructure, et ainsi de solliciter et architecturer des fonds publics et privés. De plus, l’accord de la commission européenne de conférer au projet le statut d’aide d’état, la reconnaissance de celui-ci comme projet stratégique sont des signaux pour le marché et les investisseurs. En résumé,
| Public | Privé |
| Cadre règlementaire Subventions Garantie Soutien des banques publiques Reconnaissance explicite du caractère stratégique du projet | Ticket massif Discipline de marché et exigences de rendements Lien avec l’industrie et recherche de clients |
3. « Subventionner mieux » : les recommandations issues de l’expérience Verkor
L’équipe dirigeante de Verkor, forte de ce parcours, tire plusieurs enseignements du projet et les restitue dans la revue de l’annale des mines “financer l’industrie”, pour une politique industrielle plus efficace. Il ne s’agit pas de « subventionner plus », mais de subventionner mieux, c’est‑à‑dire de cibler, conditionner et structurer l’intervention publique.
Argumentant pour la souveraineté, VERKOR encourage la commande publique, et son fléchage vers des producteurs européens et locaux. Face à une concurrence internationale forte, des droits de douanes ciblés, et des dispositifs publics rivaux forts (IRA, subventions automobiles chinoises), l’Europe fait face à un début de guerre commerciale. L’utilisation de la commande publique pourra cibler et conditionner pour attribuer de la commande publique à du contenu produit à minima en partie en Europe
Assurer le passage de l’invention à l’innovation, comme recommandé dans le rapport Draghi. La filière batterie illustre bien cette controverse : la technologie LFP ayant été inventée en France, celle-ci est surtout exploitée à l’étranger. L’entreprise recommande donc des subventions d’aides à la production, et non plus juste des aides à la R&D, pour permettre le passage à l’échelle et de compenser la « vallée de la mort » des usines qui ne sont pas productives à leur début
Intégrer les projets dans le local : Les subventions doivent s’inscrire dans une dynamique industrielle territoriale. Le capital humain et l’expertise est le fruit d’une politique d’attractivité qui doit mêler éducation et écosystème industriel fournisseur/client
Politique de transfert technologique et savoir-faire industriel : Face à un retard technologique sur certaines innovation clé, ou sur des matériaux clé, l’Europe ne peut pas adresser ces segments seule. Il faut donc penser le « partenariat exigeant » co-entreprises partagée, centres R&D partagés. En miroir de la politique industrielle chinoise « Technonology transfer for market access »