Intervention de la CPME au Sénat : les défis du développement économiques des TPE, PME et le rôle des financements publics et des grandes entreprises
Le président de la confédération des PME (CPME) est intervenu devant la commission des affaires économiques. Il y a porté la vision de plusieurs milliers d’entreprises françaises. De nombreux sujets y ont été abordés, parmi lesquels le rapport de force des grandes entreprises à l’écosystème français ainsi que le rôle des aides aux petites entreprises.
- Présentation & objectifs de la CPME
Le 11 février 2026, M. Amir Reza-Tofighi, président de la CPME, est intervenu devant la commission des affaires économiques du Sénat. Il représente, au travers de la confédération, plus de 320 000 entreprises TPE, PME et ETI.
Sa vision du tissu économique et industriel français fait donc l’objet de nombreuses discussions au Sénat. Lors de son propos liminaire, il expose sa vision et ses objectifs. Les PME sont la clé de la réindustrialisation française, et elles doivent représenter 13 % du PIB à horizon 2050 (10 % aujourd’hui), pour espérer rééquilibrer la balance commerciale d’ici 2050. Pour affirmer sa vision, la CPME publie en 2026 un livre blanc sur le rôle des PME et TPE dans la réindustrialisation.
- Les défis
Le président de la CPME évoque les défis qui structurent la filière TPE-PME, plusieurs catégories s’illustrent :
Les défis macroscopiques qui pèsent sur l’ensemble des Français : entre le besoin d’amorcer la transition écologique, de conserver la compétitivité européenne, notamment par le biais de la réindustrialisation, ou encore le défi démographique, M. Reza-Tofighi dépeint une période charnière pour l’économie française.
En plus de ces difficultés globales, les TPE-PME sont confrontées, ou surexposées, à des défis spécifiques que M. Amir Reza-Tofighi liste lors de son audition.
– La digitalisation et la vague numérique : développement du commerce en ligne, souveraineté numérique et risques cyber
– Les défis humains : transmissions des petites entreprises, écosystème territorial et « entrepreneuriat des quartiers », égalité des genres dans les TPE (un enjeu largement discuté lors de la commission, suite à la parution d’une étude de la CPME),
– Les défis du développement et du financement : la difficulté des financements par les grandes banques des modèles TPE/PME ou encore les difficultés à l’export pour le développement international constituent des freins majeurs aux ambitions des entreprises.
– La gestion du rapport de force entre grands groupes et TPE : cette dimension est un enjeu clé pour les TPE, dont les grands groupes sont les clients majoritaires. M. Amir Reza-Tofighi se réjouit d’avoir des fleurons nationaux qui se reposent sur un savoir-faire national des TPE et PME, et génèrent donc synergies et complémentarités. Il mentionne néanmoins que la trésorerie des TPE est largement impactée par les retards de paiement, responsables de nombreuses faillites, et encourage donc, dans un délai raisonnable, le déplafonnement des amendes pour les retards de paiement.
- Aides aux entreprises et rapport avec le public
Face à l’ensemble de ces défis, le parcours des dirigeants est donc aujourd’hui particulièrement complexe. Ainsi, il est nécessaire que l’État utilise l’argent public, un « bien commun » selon M. Amir Reza-Tofighi, pour accompagner et soutenir les entreprises, même si toutes les aides doivent être évaluées et efficaces.
Pour cela, il échange notamment lors de l’audition avec Fabien Gay, rapporteur de la commission d’enquête sur les aides aux grandes entreprises. Selon lui, ce rapport a eu un impact négatif sur les relations entre les dirigeants et les pouvoirs publics, car il aurait sous-entendu que les entreprises survivent uniquement grâce à l’argent public. De plus, le rapport étant sorti en période de vote sur le PLF, M. Amir Reza-Tofighi mentionne cet alignement comme un calcul politique. Au contraire, il revient sur le rôle des entreprises comme créatrices de richesses, notamment par le biais de l’impôt.
D’un point de vue méthodologique, il remet également en question la méthodologie du rapport, en questionnant l’intégration de l’aide à l’apprentissage, qu’il considère comme essentielle, notamment pour les PME, ou encore l’intégration des aides à l’achat pour les rénovations énergétiques, qui ne sont, selon lui, tout simplement pas à prendre en compte comme une aide aux entreprises.
Il évoque également les subventions, suite à une interprétation sur la transformation des subventions en avances remboursables, ou en allègement de cotisation. En son sens, les avances remboursables existent déjà, notamment à la BPI, et la simplification des subventions en allègement de cotisation risquerait de perdre la dimension « politique publique » des subventions qui permettent de flécher l’activité.
Il évoque un autre argument comme un levier clé des aides aux entreprises : la préférence européenne dans les commandes publiques. Ainsi, il s’aligne à de nombreux industriels français et le Conseil national de l’industrie, qui signent récemment une lettre à ce propos. Il est important, selon lui, que la vision selon laquelle l’Europe est le centre du libre-échange et de la régulation évolue. Les autres pays ayant recours à des actions de préférence nationale (même en Europe) et à des subventions massives, l’Europe ne doit pas sur-réglementer, au risque de perdre la production.
Pour finir, sur le Crédit d’Impôt Recherche, le président de la CPME a également une vision qui soutient le dispositif. Il admet que les PME, qui représentent 91 % des bénéficiaires, n’obtiennent que 30 % des bénéfices du CIR, là où les 10 % de grandes entreprises perçoivent plus de 60 % du montant total. Néanmoins, la concentration du CIR pour les grands groupes représente pour lui un argument de taille pour que les activités innovantes aient lieu en Europe, et irriguent par la suite le tissu TPE/PME qu’il représente. Il s’oppose donc à un plafonnement du CIR, ou même une concentration du CIR à sa déclaration uniquement par la holding de tête.