Rapport OCDE : 3 400 milliards de dollars investis en R&D : où va l’innovation mondiale et quelle stratégie pour la France ?
Un rapport sorti fin mars pointe une croissance de ces dépenses dans l’OCDE identique à l’année précédente, accompagnée d’un resserrement des crédits publics et d’une réorientation vers le secteur de la défense. L’OCDE, dans un autre rapport, fait le point sur les atouts et carences de la France.
La croissance estimée des dépenses en Recherche et Développement expérimental (DIRD), corrigée de l’inflation, s’est maintenue à 2,6 % dans la zone OCDE en 2024, inchangée par rapport à 2023. Les dépenses de R-D ont augmenté de 3,4 % aux États-Unis, tandis que la croissance dans l’Union européenne s’est établie à 0,4 %. L’Allemagne, sa première économie, a enregistré un recul de 0,4 %. En revanche, le Japon, la Corée et la Turquie ont affiché des taux de croissance supérieurs à 5 %.
En tenant compte des différences de parité de pouvoir d’achat, la Chine aurait dépassé les Etats-Unis en 2024. Les deux pays font la course en tête et auraient chacun franchi le seuil des 1 000 milliards de dollars de budget R&D, tandis que l’Union européenne atteindrait presque 600 Mds $.

L’intensité en R&D mesurant les dépenses de R&D par rapport au PIB s’est maintenue à 2,7 % en 2024 dans l’OCDE, inchangée depuis 2020. Celle de la Chine a rattrapé celle de l’OCDE en 2024, après avoir déjà dépassé celle de l’Union européenne (restée stable à 2,1 % depuis 2020). Parmi les pays de l’OCDE, Israël et la Corée du Sud ont continué d’afficher les niveaux d’intensité de R&D les plus élevés, respectivement à 6,8 % et 5,1 %. L’Allemagne est à 3,13 %, la France à 2,18%.
Si 73% de la DIRD est issue des entreprises, identique à 2023, les crédits publics de R&D consacrés à la défense ont particulièrement cru au sein de l’UE27 (+11,5 %) ainsi qu’au Japon (+17,9 %). Les crédits liés à l’énergie et à l’environnement ont reculé de 8,0 % après une croissance significative les années précédentes.
Relativement à la France, l’OCDE émet plusieurs recommandations, certaines portant sur le système éducatif et l’emploi, d’autres sur la fiscalité (réduire la complexité du système et la dépendance à l’égard de la fiscalité du travail) et l’innovation. Sur cette dernière thématique, l’OCDE note : « Malgré un soutien solide à l’innovation, les résultats sont mitigés. Les entreprises sont moins nombreuses à déposer des brevets ou à innover que dans des pays comparables. La collaboration entre les entreprises privées et les établissements de R&D publics est limitée, et l’investissement dans la R&D de l’enseignement supérieur reste faible. Des règles strictes en matière d’embauche de travailleurs étrangers exacerbent les pénuries de compétences. On observe un retard dans l’adoption du numérique s’expliquant par le faible niveau de compétences en TIC des adultes, une utilisation limitée des services de cloud et les coûts élevés du haut débit. »
Ses recommandations sur l’innovation sont :
- Évaluer l’efficacité du soutien à l’innovation et repenser les politiques en conséquence, en accordant une attention particulière à la réforme du CIR, et renforcer les incitations à la coopération public-privé en matière de R&D.
- Alléger les charges administratives liées à l’embauche de travailleurs étrangers hautement qualifiés et améliorer leur intégration sur le marché du travail en facilitant la reconnaissance des qualifications étrangères.
- Soutenir l’adoption du haut débit par les entreprises en améliorant la clarté des offres, en termes de tarification et de services, et en contrôlant mieux les coûts indirects d’un changement de fournisseur.
Plus globalement, les économistes de l’OCDE notent que le traitement fiscal préférentiel peut concrètement promouvoir la R&D, en dépit de certaines limites qui imposent d’engager des dépenses complémentaires de R&D. Il est à redouter que le recours exclusif à des instruments fiscaux pour stimuler la R&D oriente les efforts vers des projets qui sont plus proches du marché. Or, la recherche fondamentale peut accroître plus fortement la productivité du travail.
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