Innovation

[Rapport] Le Conseil d’Analyse Economique livre une note sur la lutte contre le décrochage de la productivité.

La note part d’un constat préoccupant : la croissance de la productivité française s’est fortement dégradée depuis trente ans. Entre 1995 et 2025, la productivité horaire a progressé de seulement 0,8 % par an en France, contre 1,1 % dans la zone euro et 1,7 % aux États-Unis, avec une accentuation progressive de cette baisse, pour atteindre seulement +0,2 % de productivité horaire française entre 2015 et 2025.

Le problème serait principalement lié à la mauvaise diffusion et exploitation des technologies numériques, plus qu’à un manque d’investissement dans le numérique. Le problème résiderait donc plus dans le fait de tirer des gains d’efficacité du numérique.

Les auteurs considèrent que l’essor de l’IA générative représente à la fois une opportunité majeure de relance de la productivité, mais aussi un risque de creusement supplémentaire du retard français si son adoption reste insuffisante.

Ils ont identifié quatre freins à l’adoption de l’IA par les entreprises :

  • manque de compétences
  • incertitude économique
  • risques associés à l’usage de l’IA
  • souveraineté stratégique

Le rapport aborde ensuite le rôle des politiques publiques dans l’adoption de l’IA. A l’instar de nombreux pays, la France ne dispose pas d’un plan massif d’aides en faveur de l’IA. Les auteurs recommandent donc de développer en France les aides à l’adoption de l’IA en privilégiant des outils ciblés, temporaires et cohérents avec la politique de soutien à l’innovation, pour porter l’effort annuel à 0,02 % du PIB, soit environ 600 millions d’euros par an, un ordre de grandeur comparable à celui observé à Singapour, pays particulièrement avancé en matière d’adoption.

En analysant les sociétés lauréates des PIA et de France 2030, l’étude constate que ces aides produisent des effets significatifs sur l’emploi, l’activité, l’investissement, la R&D et la concrétisation technique des projets. Un retour sur investissement est même observé via le surcroit de prélèvements obligatoires versés par ces entreprises.

Les auteurs proposent ainsi de lancer un nouveau programme France 2040, avec au moins 0,2 point de PIB de budget par an.

Dans le cadre du renforcement de la doctrine d’investissement, il est demandé davantage d’évaluations quant à l’efficacité des aides selon le niveau d’industrialisation, le type de projet et l’outil financier mobilisé, et une clarification du partage entre subventions et avances remboursables.

Enfin, les auteurs critiquent l’effet d’aubaine que représenterait le CIR pour les grands groupes, et préconisent un meilleur ciblage du dispositif.

Source : https://cae-eco.fr/comment-lutter-contre-le-decrochage-de-la-productivite